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 Capitaine Ali Najab, pilote de chasse : Histoire et témoignage du plus vieux prisonnier de guerre du monde.

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Amina Benlarbi Grar



Messages : 20
Date d'inscription : 04/10/2016

MessageSujet: Capitaine Ali Najab, pilote de chasse : Histoire et témoignage du plus vieux prisonnier de guerre du monde.   Mer 5 Oct - 1:09


"Honneur et Gloire.
Il se sera fait un serment qu'il a tenu 25 ans :"Je m'attache à tout ce à quoi je crois, ou je meurs!" Pilote de chasse, Abattu en vol, l'Algérisario l'aura gardé contre toutes les lois de la guerre pendant 25 ans dans des conditions inhumaines."
Françoise Bastide

Ali Najab: “Ma guerre contre le polisario“
Par Samir El Ouardighi

37 ans après avoir été capturé par le Polisario, le capitaine Ali Najab revient pour Médias 24 sur les 25 années de geôle qu’il a subies dans les camps de Tindouf. Témoignage émouvant d’un héros ordinaire qui malgré les privations continue de mettre la patrie au dessus de toute considération.
Au risque de se répéter, ce capitaine de l’armée de l’air tient à rétablir sa vérité sur le conflit du Sahara. Patriote jusqu’au bout des ongles, Ali Najab soutient la cause nationale du Maroc tout en insistant sur un nécessaire devoir de mémoire.
Alerte et fringuant malgré ses 72 printemps, cet ancien militaire s’est prêté sans langue de bois à une interview publiée en plusieurs épisodes.

Les prémisses du conflit du Sahara

-Médias 24: Pourquoi accordez-vous aujourd’hui cette interview?
-Ali Najab: Je veux que cette période de l’histoire de notre pays ne tombe pas dans l’oubli et qu’elle reste gravée dans la mémoire des Marocains. Ce devoir de reconnaissance de la part de l’Etat et de la société civile me tient à cœur car il ne faut pas tourner la page sur ces années de guerre qui ont entraîné leur lot de morts, de veuves, de prisonniers …
-Vous avez fait partie des 2.300 prisonniers de guerre capturés par le polisario, quel a été votre parcours avant de devenir pilote de chasse?
–Je tiens d’abord à souligner que sur 200.000 engagés marocains sur le théâtre des opérations, 2.300 captifs, ce n’est pas énorme car le conflit armé a duré 18 années avant la signature du cessez-le-feu.
Pour en revenir à mon parcours, je suis né en 1943 et suis natif de la ville de Taza. J’ai passé mon baccalauréat option mathématiques au lycée casablancais Al Khawarizmi aux côtés de Driss Jettou, J’aurais pu faire une carrière d’ingénieur mais très jeune déjà, j’avais la passion des airs.
Je me suis donc engagé à l’état-major de Rabat qui m’a envoyé à San Antonio (Texas) aux Etats-Unis où je suis sorti major de promotion. J’ai alors poursuivi ma formation de pilote de chasse au centre de formation militaire de Salon de Provence puis à Tours en France.

-A partir de là, vous êtes promis à une grande carrière militaire…

-Hormis l’actuel Général Boutaleb, j’étais en effet le seul à l’époque à disposer d’un tel niveau de formation. Avant notre promotion entraînée sur des F5 américains, les premiers pilotes de chasse marocains volaient tous sur des avions russes.
Je rentre en 1971 au Maroc six mois avant le 1e coup d’Etat militaire contre le Roi du Maroc. Je suis affecté à la base de Meknès pour m’entraîner à voler sur des F5 et à instruire mes collègues.
Tous les pilotes qui volaient sur des Mig sont passés aux commandes de F5 américains et c’est d’ailleurs une partie d’entre eux qui ont commis le 2e coup d’Etat de 1972.
Au lendemain du coup de force, toute la base aérienne de Kénitra déménage chez nous à Meknès et on m’envoie à Téhéran pour me familiariser davantage avec les F5. A mon retour d’Iran, je forme les pilotes pour qu’ils passent des avions français Fuga aux F5 américains.

-Trois mois après la Marche Verte, vous êtes affecté dans la ville de Laayoune
-J’ai en effet été nommé à la tête d’un détachement conséquent d’une dizaine d’avions et d’une quinzaine de pilotes marocains dans la capitale du sud.
Nous y avons rencontré beaucoup de difficultés car la base locale n’était pas structurée pour accueillir des avions de chasse. La piste était très courte, nous n’avions pas de moyens de navigation au sol, les conditions atmosphériques étaient mauvaises à cause des vents de sable. De plus, dès le départ du conflit, nos ennemis étaient bien équipés avec des missiles sol-air Sam 7 puis Sam 6.
Nous étions un peu traumatisés car au lendemain des deux coups d’Etat, l’armée était montrée du doigt et avait perdu de sa superbe et de son ascendant. De plus, Hassan II avait déclaré que si le Maroc ne récupérait pas son Sahara, il était inquiet de l’avenir du pays en tant qu’Etat. La pression était donc forte.
Même si la Marche Verte a été un coup de génie de la part du défunt monarque, ce n’est pas elle qui a libéré nos provinces du sud. On doit cette libération à l’armée même si l’on s’est installé à la hâte avec des unités jeunes et non aguerries.

-Votre engagement armé démarre dès votre arrivée sur le terrain des opérations ?
-La stratégie militaire était de s’installer sur le terrain le plus vite possible et on a payé un lourd tribut humain à cause des mines tapissées par le Polisario. Malgré cela, grâce à l’appui aérien (avions F5, hélicoptères, C130), nous avons pris position sur le terrain en moins de 6 mois ce qui est un record.
Pour l’histoire, je tiens à dire que les premiers affrontements armés ont été occasionnés par des militaires algériens car Boumédienne avait envoyé ses unités militaires sur le côté est et sud-est du Sahara.
Lors de la fameuse bataille d’Amgala, nous avons mis en déroute tout un bataillon et pris 106 prisonniers algériens en uniforme de l’ANP ainsi qu’un arsenal militaire impressionnant.
Quelques jours plus tard, des unités algériennes sont revenues attaquer Amgala mais notre intervention aérienne a permis de les chasser une 2e fois.
C’est à partir de là que le président algérien a retiré ses troupes en laissant quelques officiers encadrer les sécessionnistes. Le conflit a donc commencé avec les Algériens et non avec le polisario.

-Très vite, le mouvement du polisario va se doter d’une structure efficace pour vous attaquer?
-Le noyau dur du polisario était constitué de 1.000 soldats sahraouis qui servaient dans l’armée espagnole. Ce contingent a été libéré par le gouverneur Salazar qui les a laissé partir avec fusils, munitions et Land Rover.
Ce sont les premiers éléments armés du front du Polisario, ensuite, les vrais dirigeants de ce mouvement sont pratiquement tous issus des universités marocaines de Rabat.
Mustapha Sayed El Ouali était un étudiant en droit natif de Rabat, un autre comme Mohamed Lamine Ahmed a étudié à Taroudant. Tous ces gens là étaient grosso modo fils d’anciens combattants de l’Armée de libération nationale qui ont rejoints l’armée royale après la dislocation de l’Armée de libération en 1958.
Beaucoup de leurs enfants sont partis de Tan Tan et de Guelmim après les événements de 1972 à l’université de Mohamed V. L’UNEM avait perdu les élections estudiantines au profit des marxistes léninistes d’Ilal Amam. S’en sont suivis des affrontements entre étudiants qui ont abouti à l’intervention musclée de la police et les partisans sahraouis du mouvement d’Abraham Serfaty sont partis tenir un congrès de l’UNEM dans la ville de Tan Tan.
Ils ont eu des déboires avec la police et ont dû rallier la Mauritanie où d’autres sahraouis indépendantistes de la mouvance Bassiri de Laayoune ainsi que d’autres éléments venus de Tindouf les ont rejoints à Bir Mogrein.
De là, ils se sont alors rendu dans la ville mauritanienne de Zouerat où ils ont tenu leur 1e congrès constitutif de ce qui va devenir le front polisario.
C’est de cette manière qu’a été créé le Polisario qui a très vite reçu beaucoup d’armes de la Libye de Khadafi. L’Algérie a commencé son soutien en leur donnant le gite, le pétrole, sa diplomatie et des denrées alimentaires.

-Très rapidement, les attaques du front se multiplient et font mouche…
-Notre armée était en effet mal préparée et mal armée car équipée d’armements obsolètes datant de l’indépendance. Nous avions des véhicules qui n’étaient pas faits pour le désert et nous avons été dépassés par la traîtrise de Boumedienne.
Le Roi lui-même a été pris au dépourvu par le revirement du président algérien qui lui avait pourtant promis que le Sahara marocain ne l’intéressait pas. Personne ne s’attendait à cette volte-face du président Boumedienne qui a décidé sans crier gare de dresser et d’armer le polisario contre nous.
Notre armée de l’air était obligée de naviguer à vue car nous ne disposions pas de soutien au sol de la part d’une station de navigation. Nous cherchions l’ennemi à vue du haut des airs et nous souffrions du manque de coordination entre l’armée de terre et l’armée de l’air.
Les moyens de télécommunications étaient différents, nous avions la radio UHF alors qu’eux avaient la HF. D’une façon générale, les communications n’étaient pas au point car nous avions du mal à distinguer l’ennemi de nos troupes sur les zones de combat.
Plus le temps passait, plus les troupes du polisario grossissaient grâce à l’appoint de milliers de sahraouis et de mauritaniens formés dans un centre algérien spécialement dédié à leur entrainement (Jneïn) situé au sud de Béchar.
C’est là que les premières unités du polisario ont été formées à l’art de la guerre dans le désert. Alors que nous disposions de véhicules diesel, lents et peu maniables, nous avions en face des unités légères dotées d’une puissance de feu énorme et de véhicules essences Land Rover et Toyota.
Ce décalage militaire a duré huit ans et a été à l’origine de certaines de nos déconvenues militaires. Ce n’est qu’en 1984 que le Roi Hassan II a reconnu que notre armement était inadapté voire obsolète et qu’il s’est engagé à nous fournir un matériel adapté.

Document. Ali Najab: «Dans le goulag du polisario» (2)

37 ans après avoir été capturé par le polisario, le capitaine Ali Najab revient pour Médias 24 sur les 25 années de captivité subies dans les camps de Tindouf. Témoignage émouvant d’un héros ordinaire, qui met la patrie au dessus de toute autre considération.
Après avoir raconté son engagement et ses premiers faits d’armes au Sahara, Ali Najab revient sur les circonstances de son interpellation et sur le début de sa captivité dans les geôles du polisario.

Médias 24: D’après votre précédent récit, avant que vous ne tombiez entre  les mains de l’ennemi, l’avantage militaire semblait dans le camp du polisario?
Ali Najab: Pour contre-attaquer efficacement, il nous fallait du matériel du même type que celui de nos ennemis.
Hormis un pays de l’Est qui a toujours été fidèle pour nous approvisionner, les autre, y compris l’ex-URSS, étaient du côté du polisario. Le président Carter qui n’était pas un vrai ami du Maroc, était réticent pour nous mais les choses ont bien changé avec  l’avènement de Ronald Reagan. On dit que Mitterrand aurait conditionné la fourniture de pièces de rechange de nos Mirage français à l’acceptation du principe du référendum d’autodétermination.
Il n’en demeure pas moins que malgré le succès de certaines de ses intrusions, le polisario n’a pas été en mesure de prendre le moindre territoire du Sahara marocain. Hassan II était d’ailleurs conscient du fait que c’était une guerre de longue haleine et a eu l’intelligence de rectifier le tir en dotant les unités au front d’armements plus adaptés aux conditions particulières que notre ennemi nous imposait.

-La plupart des Marocains faits prisonniers par le polisario l’ont été entre les années 1976 et 1989?
-Absolument, et leur technique était bien rôdée, ils rassemblaient entre 2.000 et 4.000 combattants pour attaquer une localité pendant un laps de temps court, de 2 heures maximum. Ils prenaient quelques prisonniers avant de s’évaporer dans la nature. Ils ont procédé de cette manière à Tan Tan, à Smara … avec l’espoir de mettre à genoux l’armée marocaine, mais n’ont jamais réussi à occuper le terrain de manière durable.
Certes, nous avons eu des morts, des blessés et des prisonniers, mais au final leur victoire était relative, car la finalité de toute guerre est de garder ses positions, ce que nous avons toujours réussi à faire.
-Le dimanche 10 septembre 1978, c’est à votre tour de tomber entre les mains de l’ennemi?
-Ce jour là, je volais aux commandes d’un F5 et j’étais accompagné par un autre avion pour une mission classique de reconnaissance au nord de Smara. Tout à coup, je ressens des secousses à l’arrière et les voyants des deux réacteurs s’allument brutalement. Mon collègue m’indique par radio que j’ai le feu à l’arrière de mon avion. Pendant quelques secondes, j’ai eu l’espoir de récupérer un de mes deux réacteurs pour rentrer à ma base mais très vite, je comprends qu’il me faut m’éjecter d’urgence.
Arrivé au sol, je planque mon parachute sous terre avant de me mettre à courir en direction de mon unité. J’étais à 50 kilomètres de Smara mais à seulement 15 kilomètres d’une des unités des FAR et à 20 km d’une autre de nos unités située au nord. J’étais donc à mi-chemin entre deux bases marocaines.

-Vous voulez dire que vous auriez pu être récupéré par vos collègues de l’armée de terre?
-L’ironie du sort a voulu que le lieutenant coiffant l’unité militaire la plus proche de mon lieu de crash a été capturé dans une bataille de Smara un an après moi. Il m’apprendra que dès qu’il avait vu la fumée de l’explosion de mon avion, il avait appelé le commandement pour demander la conduite à tenir.
Sa hiérarchie lui a demandé de patienter avant de lui ordonner de foncer à mon secours avec son unité. Malheureusement, quarante minutes s’étaient déjà écoulées, dont le polisario a su profiter.
Le lieutenant n’était pas autorisé à prendre des initiatives personnelles, car il devait attendre les ordres du commandement central de mara. À 40 minutes près, je n’aurais peut être pas passé un quart de siècle dans les camps de l’ennemi.

-Peut-on mettre ce cafouillage sur le compte d’une certaine bureaucratie de l’armée?
-À mon avis, il n’y avait pas de consignes claires pour que les officiers sur le champ de bataille soient libres de prendre des initiatives personnelles en cas d’urgence.

-Peut-on mettre ces lacunes tactiques et stratégiques au passif du général Dlimi, commandant de la zone sud, présenté comme un stratège initiateur entre autres de la fameuse ceinture?
-Dlimi n’était pas formé pour la guerre, je soutiens qu’il était «the wrong man at the wrong place», sa réputation usurpée de renard du désert reste du domaine de la littérature de roman.
Ce sont des officiers de valeur à qui personne n’a jamais donné d’importance qui sont à l’origine de l’idée d’édifier un mur de sécurité pour isoler l’ennemi.  Pourquoi n’a-t-on jamais vanté les mérites du colonel Bernichi et de tant d’autres, à qui nous devons d’avoir récupéré notre Sahara en seulement six mois, même si la guerre a duré 18 ans?
Plusieurs de nos plus brillants stratèges sont sortis à la retraite ou ont donné leur vie sur le champ de bataille, sans tambour ni trompette. Si la société civile ne les connaît pas, leur souvenir reste cependant gravé à jamais dans la mémoire de leurs frères d’armes.

-Comment se passe concrètement votre arrestation par les combattants du polisario?
-J’ai appris par la suite que mes poursuivants avaient parcouru 35 km pour me faire prisonnier. Ils ont dû me voir m’éjecter ou ont vu la fumée du crash, mais il est possible qu’un de leurs indicateurs les aient informés.
Au bout d’une demi-heure de fuite, je m’arrête, cerné par les balles qui sifflaient autour de moi. Mes assaillants m’entravent les mains et me battent comme plâtre avant de me jeter dans un Land Rover. Devant la violence des coups, je perds connaissance et je ne me réveille que le lendemain matin.
On m’emmène chez un petit homme assis sur une natte sous un acacia, entouré de combattants. Il me demande mon nom et je lui décline alors mon identité.
« Si c’est toi le fameux Najab, je dois donc remercier Dieu que l’on t’ait fait prisonnier car maintenant nos combattants pourront se promener de jour comme de nuit dans le Sahara sans crainte aucune ».

-Une prise de pilote était particulièrement prisée par l’ennemi ou est-ce votre réputation de chef d’escadrille qui vous avait précédé pour vous valoir cette attention?
-Il y a sans doute des deux, car les pilotes de chasse étaient la plus grande menace pour nos ennemis.  Hormis le fait que notre précision et puissance de feu, ainsi que notre mobilité étaient redoutables, j’étais le chef de l’escadrille de 10 chasseurs en plus d’être chef des moyens opérationnels.
J’étais une prise de choix, car j’étais le patron de la seule escadrille de 15 pilotes des provinces du sud.
Ma position de chef ne m’a pas épargné, car si je commandais 15 pilotes, cela ne m’empêchait pas de partir voler quand mon tour arrivait pour les missions.
Même quand ce n’était pas mon tour et que la situation était difficile, je m’envolais, car mes hommes avaient autant d’importance que ma petite personne. J’étais d’abord pilote, avant d’être leur chef.

-Que s’est-il passé pendant votre entretien avec le petit homme qui semblait être un chef militaire?
-D’abord, on a arrêté de me frapper et il m’a fait asseoir à ses côtés en m’offrant du thé. Parmi ses questions, il m’a demandé si ma femme vivait avec moi à Laayoune. Un de ses collègues lui a alors dit « pourquoi ramènerait-il son épouse alors qu’il a toutes les femmes sahraouies à sa disposition? »
J’ai bondi en lui répondant que nous n’étions pas des voyous et que nous étions venus pour les secourir. « Secourir de qui? » me demande le petit homme. «De l’Algérie, j’imagine» répond son collègue. «C’est juste ce qu’il vient de dire?». J’ai alors préféré ne pas entrer dans ce débat.
J’ai découvert par la suite que le petit homme en question était le plus grand chef militaire de nos ennemis. Il avait dirigé les plus grandes opérations militaires contre nous dans le Sahara marocain.
Ce responsable s’appelle Ayoub Lahbib et a fait partie des 7 fondateurs historiques du front polisario. Il a rallié le Maroc en 2002 et a d’ailleurs été reçu en grande pompe par le Roi Mohammed VI.
J’ai passé 4 jours dans ce camp improvisé, avant d’être transféré car le défunt Hassan II avait ordonné à l’armée un ratissage total pour me récupérer vif ou mort dans nos bases.
On m’amène directement chez Mohamed Abdelaziz, président de la prétendue RASD et à peine m’avait-il posé 2 ou 3 questions que trois officiers algériens font irruption dans la salle.
Le capitaine et ses deux lieutenants, en uniforme de l’ANP, lui disent brutalement «On le prend avec nous». Surpris, Mohamed Abdelaziz n’a pas eu son mot à dire.

De son campement, on m’embarque à Tindouf, pour me mettre dans une cellule avec une sentinelle munie d’une mitraillette Kalachnikov, baïonnette au canon pointée sur moi.
Menottes aux mains et fers aux pieds, j’ai alors été soumis aux interrogatoires. Les Algériens ont commencé à me torturer psychiquement avec des propos humiliants et grossiers.
Tout y passait, insultes à la personne du Roi et au peuple marocain … , la haine du Maroc semblait être  leur principal leitmotiv.
À chaque fois qu’ils voyaient qu’ils ne pouvaient rien obtenir de moi, ils m’envoyaient deux types voilés pour me tabasser très violemment. Ils utilisaient un câble électrique tressé pour me battre tout en me distribuant des coups de pied, de poing… Ces interminables séances de torture ne s’arrêtaient que quand mes bourreaux algériens commençaient à fatiguer.
Leur but principal était de me faire signer un papier attestant que l’aviation royale avait bombardé les populations civiles du Sahara et qu’elle avait utilisé du napalm contre elles. Ils ont fait des mains et des pieds au sens violent du terme pour m’obliger à signer en vain cette déclaration. J’ai complètement refusé de le faire.

-Comment est-il possible de ne pas craquer quand on est soumis à de telles violences qui vont à l’encontre de la convention de Genève réglementant le traitement des prisonniers de guerre?
-Je ne suis pas un héros mais j’aurai préféré la mort plutôt que de mêler mon nom à ce mensonge éhonté. Si j’avais signé cette fausse déclaration qui aurait été transmise à la presse internationale, le Maroc aurait été mis à genoux aux Nations-Unies sur le plan diplomatique.
Même si la crédibilité de cette information aurait été sujette à caution, la presse pro-polisario s’en serait donné à cœur-joie pour salir notre pays.
Quarante-cinq jours après mon arrestation, les Algériens ont organisé une conférence de presse à Tindouf.
Un colonel de l’ANP m’a alors posé la même question devant les caméras de la télévision algérienne.
«Quel est votre sentiment quand vous bombardiez la population civile (femmes, enfants et vieillards) et quand vous utilisiez le napalm?»
J’ai répondu en lui lançant un regard farouche: « Je vous défie d’amener un ou une Sahraouia qui témoigne devant la presse internationale qu’il a reçu des bombes ou que l’on a utilisé du napalm, je donnerai ma tête à couper ici devant la presse internationale, si vous ramenez un témoin ».
Un responsable du polisario a déclaré qu’il produirait bientôt des témoins en ce sens, mais c’était des paroles en l’air puisque ces témoins n’ont jamais été produits car l’aviation marocaine n’a jamais bombardé de populations ni utilisé de napalm de toute son histoire.
Concernant les méthodes de torture utilisées par les Algériens et leurs affidés, après cette conférence de presse organisée à Tindouf, on ne m’a pas battu, mais on m’a mis debout pendant une demi-journée sous un soleil de plomb.
En lisant les termes de la résolution des Nations Unies sur la torture, on se rend compte qu’il ne se passait pas une journée sans que plusieurs Marocains ne soient soumis à des traitements avilissants contraires à toute éthique de guerre.
La notion de torture est à la fois vague et très large, car si elle commence par des sévices physiques, nos ennemis ne dédaignaient pas l’agrémenter de torture morale. Ils n’ont pas manqué de me martyriser en torturant mes frères d’armes devant moi.

Ali Najab: «Esclave du polisario pendant 25 ans» (3)
Par Samir El Ouardighi


37 ans après avoir été capturé par le polisario, le capitaine Ali Najab revient pour Médias 24 sur les 25 années de captivité subies dans les camps de Tindouf. Témoignage émouvant d’un héros ordinaire, qui met la patrie au dessus de toute autre considération.
Une fois fait prisonnier, le capitaine Ali Najab ne sait pas que son calvaire va durer un quart de siècle. Dans cet épisode, il relate ses conditions effroyables de détention et celles de ses camarades.

Médias 24: Après l’enquête préliminaire des Algériens, vous êtes emmené dans un centre pénitencier?
Ali Najab: Je suis transféré à la sinistre prison d’Errabouni qui a été le 1er centre de détention construit pour nos prisonniers de guerre. Par la suite, le polisario en a construit plusieurs autres. On peut citer celui du 9 Juin dit Ouled Lassiad, le prénommé Hamdi Ba Cheikh, le centre de torture dd’Errachid ou encore le centre d’éloignement dit Es-Sbet.
En fait, ils ne les ont pas construits eux-mêmes, car ce sont les Marocains qui les ont bâtis, contraints et forcés. Toutes les infrastructures du polisario (écoles, hôpitaux …) proviennent du labeur des forçats qui travaillaient du lever du jour jusqu’au coucher du soleil.

-Justement, dans quel état trouvez-vous vos camarades militaires emprisonnés depuis 1976?
-C’est le choc, je découvre avec stupeur 400 Marocains entassés dans des trous. Après leur avoir fait fabriquer des briques avec la terre qu’ils creusaient, le polisario les logeait dans les fosses de chantier.
Avant cela, ils dormaient à la belle étoile sur des morceaux de carton sans couverture ni matelas et entourés de guérites de surveillance et d’un mur d’enceinte.
Mes concitoyens étaient dans un état piteux et sale, avec les cheveux très longs et des barbes hirsutes. La majorité d’entre eux étaient pieds-nus. La première fois qu’ils m’ont vu, ils m’ont regardé avec des yeux hagards écarquillés par la peur et par un état psychique déséquilibré.

-Comment se passe votre adaptation au régime carcéral du polisario ?
-On m’a assigné une fosse personnelle  pendant 15 jours avec des consignes très strictes: interdiction de parler aux autres prisonniers et aux gardiens, ainsi que de sortir de mon trou sans autorisation.
Il a fallu que je m’habitue à dormir à même le sol sur des morceaux de carton et à cohabiter avec les poux et les cafards, sans parler de la hantise de me faire piquer par les scorpions qui pullulaient.
J’ai aussi dû m’adapter au régime alimentaire qui se limitait à une louche de riz à midi et à une autre de pâtes le soir. Les conditions d’hygiène étaient inexistantes et je n’ai pas pu me laver avant 8 mois.
Parmi mes camarades soldats ou sous-officiers, j’étais le seul officier de tout le centre de détention. Tous nos officiers avaient été déportés dans le nord de l’Algérie pour servir de monnaie d’échange contre les 106 prisonniers algériens pris par les FAR lors de la bataille d’Amgala.
Quand la garde tardait à venir pour l’appel quotidien, j’arrivais à engager clandestinement la conversation avec mes camarades d’infortune. Je leur rappelais qu’ils étaient des prisonniers de guerre et qu’ils ne devaient pas s’inquiéter pour leurs familles, car l’État marocain s’en chargeait. J’essayais de leur remonter le moral, tout en les poussant à prendre soin les uns des autres.
Au moment de l’appel, certains prisonniers malades avaient du mal à remonter de leur fosse et étaient systématiquement fouettés. Ne pouvant supporter cette lâcheté, je suis intervenu 4 ou 5 fois en m’interposant et à chaque fois, on me battait brutalement avant de me rejeter dans ma fosse.

La sixième fois, on m’a amené chez Sid Ahmed Albatal ouled Hadda, originaire de Tan Tan, qui était le directeur de la sécurité. Ce type était sans aucun doute l’un des pires tortionnaires du polisario.
Pour l’anecdote, son adjoint était Brahim Cheikh Biadillah, frère du docteur Biadillah qui préside la Chambre des conseillers du Maroc.
Le tortionnaire en chef m’a ordonné de lui fournir une raison pour justifier mon comportement de défense de mes codétenus à l’égard des gardiens sous peine de me faire disparaître.
Je lui ai répondu que je voulais éviter qu’il y ait une mutinerie, car la vue journalière des collègues battus allait déboucher inévitablement sur une rébellion.
« Vous n’avez pas besoin de cela car nous ne sommes pas là pour ça. Si vous voulez les liquider, il fallait le faire sur le champ de bataille».
Il a demandé à ce que l’on me ramène à ma fosse, tout en me gratifiant d’une demi-journée debout sous le soleil.
Comme mesure de rétorsion, on m’a construit une cabane de 2 mètres sur 2 avec une porte cadenassée pour m’éloigner des prisonniers et quand on me sortait, c’était juste pour faire mes besoins dehors.
Un 2e incident a eu lieu lors d’une conférence de presse: pendant que le soi-disant ministre de la défense pavoisait devant les journalistes, un gardien s’est emparé d’un drapeau marocain pour le piétiner.
Oubliant ma condition de prisonnier, je l’ai alors fait tomber en le poussant violemment pour récupérer le drapeau et le remettre sur une caisse.
Il s’est alors redressé en armant son fusil pour me tirer dessus. Heureusement, il a été stoppé net par le «ministre de la défense», qui m’a demandé si je cherchais à me suicider.
Je lui ai rétorqué qu’à ma place, il aurait fait la même chose et depuis ce jour, notre drapeau n’a plus jamais été sali devant la presse, même si cela m’a encore coûté une demi-journée au soleil.

-C’est à cette période que l’Algérie lance son opération Houari Boumédienne sur tout le Sahara ?
-Elle a démarré en 1979 et a duré jusqu’en 1988. Les Algériens ont engagé d’énormes moyens matériels et recruté les Sahraouis de Béchar, de Tindouf et de Mauritanie dans les effectifs du polisario qui ont initié les grandes batailles contre le Maroc (Lagouira, Bir Anzarane …).
Face à l’édification du mur en 1981, ils ont changé de tactique, en passant d’une guerre de maquisards à une guerre plus classique avec l’utilisation de chars et d’orgues de Staline.
Cette stratégie fut l’erreur monumentale de l’Algérie, car le Maroc excellait dans ce type de guerre.
-Comment est venue l’idée de l’édification de cette ceinture de sécurité marocaine?
-Cette idée a germé très tôt dans l’esprit des officiers du génie militaire. Dès 1976, un ancien condisciple aux USA m’avait assuré que tôt ou tard, nous devions consolider nos positions avec l’édification d’un mur de sécurité.
Le génie n’est pas de l’avoir édifiée, mais d’avoir plus prosaïquement  compris  que c’était faisable.

-Dans votre camp, les prisonniers étaient-ils réduits à une condition d’esclaves ?
-Nombre de nos soldats emprisonnés sont morts ensevelis car ils devaient creuser des puits d’eau.
Les officiers n’avaient pas de traitement de faveur, car ils contribuaient au chargement des denrées alimentaires. D’une façon générale, les prisonniers étaient assignés aux travaux forcés, au mépris de la convention de Genève. Ils procédaient au déchargement de tonnes d’armement et de munitions
En outre, tous les prisonniers étaient obligés de faire des dons de sang pour soigner les blessés du polisario. Personnellement, je l’ai fait plusieurs fois par an durant ma captivité, mais d’autres ont été contraints d’en faire beaucoup plus souvent et en ont gardé des séquelles à vie (anémie …).
Les soldats étaient aussi exploités pour creuser ou pour nettoyer des fosses septiques sans aucun équipement de sécurité. Nous étions des bêtes de somme, corvéables à merci.

-Y a-t-il eu beaucoup de morts extrajudiciaires dans vos rangs ?
-Dès qu’il y avait des évasions, les hélicoptères algériens décollaient pour ramener les fugitifs au polisario qui les torturait et les privait de nourriture, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je peux témoigner que deux sont morts sous la torture, dont le dernier en 1998.
Je me rappelle du cas d’un officier qui avait voulu couvrir l’évasion d’un collègue pilote de Mirage F1. Il a été suspendu par les pieds au plafond et battu avec un gourdin pendant toute la journée avant qu’un des tortionnaires ne l’achève d’un coup au cervelet.
Beaucoup sont morts sous la torture comme ce soldat qui a refusé de travailler pour le polisario. Excédé, il leur avait répondu: «Ni vous ni votre Abdelaziz, n’aurez jamais le Sahara!».
Pendant une année, toutes les nuits, il était enfermé dans une caisse en bois. Pour que la Croix Rouge ne voie pas son état, il a été fusillé derrière une colline.
Un autre récalcitrant a été condamné à passer plusieurs nuits dans un tonneau d’eau en plein mois de décembre. Après ce traitement de faveur, il perdu la voix et a été retrouvé mort criblé de balles.
Les exactions et les liquidations de ce genre étaient plus que monnaie courante dans notre camp.
J’ai le souvenir d’un berger sahraoui raflé qui ne voulait pas collaborer avec l’ennemi. Un tortionnaire l’a aspergé d’essence puis a tranquillement jeté une allumette sur lui après avoir allumé sa cigarette.
Malgré ses brûlures au 2e degré, il a survécu 9 mois grâce à l’aide de trois médecins marocains. Lors d’un passage au camp, le chef de la sécurité a donné ordre de le fusiller pour ne plus s’en encombrer.
En 1980, trois prisonniers affamés ont été surpris en train de chiper quelques pommes de terre. On les a ramenés au centre où ils ont été battus avant d’être privés d’eau et de nourriture sous le soleil. Deux sont morts déshydratés et un seul d’entre eux a réussi à survivre.
Nos conditions de sécurité au travail étaient effroyables. Je me rappelle d’un soldat qui est mort dans une bétonneuse où son gardien lui avait ordonné de se pencher. Ses camarades l’en ont sorti déchiqueté.
Un autre épuisé par les travaux forcés s’est affalé sous un camion à l’ombre pour se reposer. Sans crier gare, le chauffeur du camion débraye et lui a explosé la tête sous les pneus.

-Avez-vous vous-même été soumis à des tortures physiques et à des pressions psychologiques ?
-Lors d’une visite effectuée à Tindouf, le ministre iranien des affaires étrangères m’a demandé de prier avec lui pour que notre Roi meure et que toutes les monarchies arabes du monde s’effondrent.
Je l’ai traité de tous les noms et un de ses accompagnateurs m’a dit en arabe: Comment pouvez vous parler ainsi au ministre qui est votre frère en islam.
Ma réponse a été on ne peut plus claire: si la religion de Khomeïni est l’islam, alors je préfère la quitter. Cette phrase a été la goutte de trop car le ministre a écourté sa visite des camps du polisario.
À peine avait-il franchi le portail de notre camp que le chef m’a envoyé son adjoint pour me taper dessus.
Il a mis mon visage en sang, s’est acharné sur toutes mes parties sensibles, dont je garde encore des stigmates. Un de mes camarades qui a voulu me défendre a eu droit au même traitement de faveur.
Nous avons été transférés dans des minuscules cellules d’un mètre cinquante sur 80 centimètres qui ne comportaient pas de toit. Le but étant de nous faire griller la journée sous un soleil de plomb.
La nuit, nos mains attachées dans le dos étaient raccordées à nos pieds avec des nœuds très serrés. Nous supportions des douleurs atroces et notre calvaire qui a commencé le 4 novembre 1984 ne s’est achevé que 14 jours plus tard.
À l’époque, le directeur de la sûreté du polisario était Omar Hadrami qui s’est ensuite rallié au Maroc. L’ordre de nous torturer de cette infâme manière n’a pas été donné par lui, mais par Mohamed Abdelaziz, «président de la fantoche RASD», qui accompagnait la délégation iranienne.
Un autre dignitaire, ambassadeur du polisario en Libye,  qui est rentré au Maroc, a confirmé à Genève devant la presse internationale la véracité de cet incident avec le ministre iranien en question.
Sortis de ces 14 jours d’atroces souffrances avec les bras et les jambes enflés, on nous a mis dans une cellule collective pendant onze mois. C’est là où j’ai contracté le diabète et où j’ai failli perdre la vue.
Immédiatement après ces 11 mois de cellule, un responsable m’a remis le livre «Le Commandeur des croyants» de John Waterbury mais voyant que ce livre était tendancieux, je l’ai jeté à la poubelle
Il voulait que j’écrive une fiche de lecture sur le traitement infligé par le Roi et ses partis politiques au peuple marocain, une sorte d’autodafé contre la monarchie et que je le lise à la radio.
Refusant de me plier à sa volonté, il m’a condamné à transporter une brique de 20 kilos sur le dos en courant sur 200 mètres toute la journée pieds nus en plein mois d’août, sur un terrain rocailleux.
Je me suis exécuté pendant un jour mais au bout du 2e jour, je me suis écroulé, car je ne pouvais plus marcher. J’ai été sauvagement battu et consigné dans une cellule d’isolement, pendant un mois.
-On vous a aussi exhibé devant un sénateur américain en 1980 à des fins de propagande…
-Parmi les personnalités auxquelles nous avons été présentés dans le cadre d’une propagande médiatique, il y avait le sénateur Steven Solar chargé de la région MENA au sein du Sénat.
En tournée au Maghreb, les Algériens en ont profité pour lui faire visiter les camps de Tindouf.
L’officier algérien qui l’accompagnait a dit à l’un de mes camarades capitaine de l’armée de terre: «Vous qui êtes des officiers, dites au Sénateur que l’armée royale n’est pas d’accord avec le Roi Hassan II dans cette guerre et que tôt ou tard elle se retournera contre lui.»
Le sénateur demande à son journaliste (UPI) de lui traduire ces propos puis sans le laisser finir, il me prit par le bras et m’éloigna du groupe en me disant :
« I don’t believe the slightest word of what that son of bitch said. But I have a question captain: why so many prisoners?” (Je ne crois pas un traître mot de ce …mais pourquoi êtes vous si nombreux ici?)
«C’est simple monsieur, pendant que nos amis occidentaux y compris vous, nous vendent des armes d’une certaine portée, le clan communiste via l’Algérie et la Libye, approvisionne le polisario en armes dont la portée est double.
«C’est un peu comme si vous boxez contre quelqu’un qui possède des bras 2 fois plus longs que les vôtres. Il vous porte des coups au visage mais vous ne l’atteindrez jamais, parce qu’il sera toujours hors de votre portée». Il sourit et dit : « …mais vous avez des avions et le polisario n’en a pas!».
«C’est vrai, mais il possède des missiles anti aériens (SAM6 et 7) et nos avions ne sont pas équipés de moyens anti-missiles.» «Je vois, avez vous un message pour votre famille?»
«Merci pas pour ma famille monsieur, mais j’ai un message pour votre Sénat: le Maroc a toujours été linked au monde occidental, États Unis  inclus. À chaque fois que vous aviez besoin de lui, il a répondu présent: 1reet 2e guerres mondiales. Nous avons combattu avec vos troupes en France, à Monte Cassino en Italie, en Indochine …
Beaucoup de nos enfants sont morts à côté des vôtres et pour la 1re fois que nous avons besoin de vous pour parachever notre intégrité territoriale, vous adoptez la politique de l’autruche, alors que les communistes déversent chez le polisario via l’Algérie et la Libye des quantités énormes d’armes sophistiquées. …..
M’interrompant, il répondit: Ok captain , your message is quite clear. I promise to pass it trough.».

-N’avez-vous pas été tenté de craquer et de changer de camp pour vous épargner ces souffrances?
-Jamais au grand jamais et ceci est valable pour l’ensemble de mes collègues prisonniers. Plus ils nous battaient et plus notre haine à l’égard de l’Algérie et du polisario devenait grande.
Ils nous ont rendu service en nous torturant, car notre amour pour notre patrie ne cessait de grandir.
-Certains Marocains ont pourtant décidé de rejoindre de leur plein gré les rangs du polisario?
-Vous voulez sûrement parler de Abdelaziz Menehbi, qui était issu du mouvement marxiste Ilal Amam.
Un jour, il nous a rendu visite dans notre camp. On nous a tous rassemblés dans un hangar pour recevoir ce type vêtu d’un treillis, de chaussettes rouges et de pataugas militaires.
Il s’est mis sur une estrade devant les 1.000 prisonniers qui croyaient naïvement être libérables. Bizarrement, il a commencé à s’excuser de ne pas parler l’amazigh pour les prisonniers berbères.
Il s’est ensuite mis à descendre en flammes le régime du Maroc, avant de discourir sur la nécessité de provoquer une révolution populaire au Maroc. Il a aussi parlé de sa sœur Saida qui était morte d’une grève de la faim à l’hôpital Avicenne, en fustigeant les autorités marocaines.
Ses amis du polisario nous ont invités à poser des questions et je lui ai demandé comment comptait-il convaincre les berbères de la justesse de sa révolution, s’il était incapable de parler leur langue?.
Étant profondément croyant et peu sensible aux idées communistes, je lui ai affirmé que lui et ses amis d’Ilal Amam n’arriveraient jamais à leurs fins, car le Maroc était avant tout un pays musulman.
À la fin de son laïus, il a tenu à saluer tous les officiers et s’est dirigé vers moi en me prenant la main. Il  me l’a serrée très fort et j’ai compris que de cette manière, il voulait exprimer ses profonds regrets.
Il a laissé entendre que s’il était là, c’est parce que les Algériens lui avaient forcé la main, car à cette époque, il était exilé volontaire en Algérie.
Nous n’avons plus jamais revu ce Menehbi, jusqu’à ce que j’apprenne qu’il était rentré au Maroc.

Ali Najab: «Enfin libre après 25 ans de calvaire» (4 et fin)



 37 ans après avoir été capturé par le Polisario, le capitaine Ali Najab revient pour médias 24 sur les 25 années de captivité subies dans les camps de Tindouf. Témoignage émouvant d’un héros ordinaire, qui malgré les privations, continue de mettre la patrie au dessus de toute autre considération.
Dans ce dernier épisode, le capitaine Ali Najab revient sur sa libération intervenue en septembre 2003. Il évoque son combat pour faire libérer les derniers prisonniers marocains, ainsi que son engagement pour qu’ils obtiennent réparation.

– Après votre libération, vous est-il arrivé de rencontrer certains de vos anciens tortionnaires ?
– La comédienne Naima Lamcharki, qui travaillait à la HACA, avait créé une association pour la libération des détenus marocains. Après mon retour dans la mère-patrie, cette dame a invité d’anciens prisonniers à une réunion au sein de la wilaya de Settat, dirigée par un ancien du polisario.
J’étais dans le public quand Mohamed Admi alias Omar Hadrami  a annoncé être heureux d’accueillir un invité de marque. Me citant, il a dit devant l’assistance que j’avais été malmené par le polisario. Écœuré de la tournure des choses, j’ai décidé à la fin de la réunion de prendre le train pour rentrer à Rabat. À la gare, j’ai trouvé son chauffeur qui a lourdement insisté pour que je revienne chez le wali.
Arrivé devant la wilaya, j’ai retrouvé le wali tout sourire, se réjouissant de mon retour, tout en m’affirmant qu’il tenait à ce que je déjeune avec lui. Pendant qu’il tournait le dos à la façade de la wilaya, j’observais le drapeau marocain qui flottait au-dessus du bâtiment.
Je l’ai alors retourné en lui disant : Si Omar, vous ne trouvez pas que c’est mieux ainsi? Il m’a alors répondu : Mais c’est exactement pour cette raison que je suis rentré au Maroc.
Par la suite, j’ai vu Ayoub, le fameux chef militaire qui avait été mon tout premier contact avec les dirigeants ennemis du polisario après mon éjection en septembre 1978.
C’est à l’occasion d’une rencontre à l’hôpital militaire Mohamed V de Rabat avec un colonel major médecin qui l’avait opéré du cœur que je l’ai revu.
Une fois dans sa chambre, le médecin a dit : Ayoub, je te ramène un de tes copains. En entendant mon nom, il m’a enlacé, alors qu’il était branché à une perfusion. Visiblement ému, il n’a pas arrêté de chanter mes louanges, en me félicitant de lui avoir tenu tête lors de notre rencontre.

– Que pensez-vous de tous ces gens qui ont décidé de rentrer au pays après vous avoir combattu ? Est-ce de l’opportunisme ou ont-ils ouvert les yeux sur l’impasse dans laquelle ils étaient ?
– À mon sens, les motivations de chacun d’entre eux constituent un véritable casse-tête.
Une chose est cependant certaine, c’est qu’il y a eu deux problèmes qui nous ont desservis.
Le 1e est que nous avons longtemps délaissé ces populations aux mains des espagnols. Hormis les initiatives de certains nationalistes, nos partis politiques ont failli à leur mission de maintenir le cordon ombilical  avec notre Sahara.
Le 2e problème était d’ordre conjoncturel car l’époque était à une guerre froide paroxysmique entre les blocs communiste et capitaliste. Notre gauche n’a pas été perspicace face à la radicalisation de son aile soutenant l’abolition de la monarchie par le polisario.
L’Algérie a sauté sur ce conflit pour tronquer le Maroc de son Sahara et trouver ainsi un débouché géographique sur la façade atlantique.
N’étant pas parvenu à abolir la monarchie, l’URSS a chargé l’Algérie et la Libye de cette mission car ils pensaient que l’indépendance du Sahara aboutirait de facto au soulèvement du peuple marocain et à la chute de notre monarchie.

– Pensez-vous que le polisario est actuellement dans une impasse ?
– À partir du moment où il a commencé à utiliser des armes lourdes pour nous combattre, il a perdu la guerre contre le Maroc.
Je me demande si la décision de ne pas nous armer avec le matériel adéquat dès le début de la guerre pour faire face à la guérilla du polisario a été en fin de compte une idée géniale du défunt Roi.
Hassan II a attendu que le polisario atteigne une courbe asymptotique en matière d’armement avant de déterminer ce que le Maroc devait acheter comme matériel pour le contrer.
Si cela a été pensé de cette manière, c’est tout bonnement brillantissime car l’Algérie et le polisario sont tombés dans le piège en optant pour une guerre classique.
Pour faire face au mur de défense, ils n’ont eu d’autre choix que de s’équiper en armes lourdes et d’attaquer en masse face au Maroc aguerri à ce type de combat.
Si cette stratégie militaire a été projetée sciemment, notre pays a mis le temps qu’il fallait en payant un lourd tribut en vie humaines mais aura finalement triomphé.
Aujourd’hui, le polisario est à Tindouf en Algérie et non au Sahara.

– À l’international, la diplomatie algérienne a largement contribué aux 1er succès du polisario ?
-Évidemment, car nous n’avions pas les mêmes moyens financiers et nos diplomates n’étaient pas à la hauteur des événements.
Cela a changé depuis mais à l’époque, nos représentants à l’ONU, nos ambassadeurs et les chefs de nos partis politiques n’avaient pas une connaissance solide du dossier du Sahara, ni de connaissances stratégiques car ils n’étaient pas informés de ce qui se passait sur le  champ de bataille
Heureusement, les militaires surtout les soldats, les officiers subalternes et les pilotes n’ont jamais manqué de courage car ils étaient conscients de défendre un idéal nationaliste.
J’ai remarqué chez nous autres prisonniers que nous n’étions pas la somme de nos intérêts mais plutôt la somme de nos dons pour la patrie.

– Le 1er septembre 2003, vous êtes enfin libéré après 25 années de captivité moins une semaine ?
– Quand la Croix Rouge est venue à notre rescousse, le mal était déjà fait : les maladies de toutes sortes et notre contingent- à lui seul comptait 46 morts enterrés à 3 kilomètres de l’actuel  quartier général de Mohamed Abdelaziz.
Quand elle a mené son enquête au nom de France Libertés à Tindouf, madame Danielle Mitterrand en a répertorié 120.
La Croix Rouge nous a cependant aidés en dissociant la libération de tous les prisonniers du processus de paix au Sahara. Elle a négocié une journée de repos par semaine et a acheminer notre courrier et des colis de médicaments ou de vivres.
Nous avons fait partie du 6e ou du 7e contingent de prisonniers libérés. Deux ou trois jours avant notre libération, nous avions senti que quelque chose se tramait. Cela n’a pas été une surprise car nous étions au courant du mouvement de libération précédent.
Le Congrès américain, le CICR et les Nations-Unis ont certainement fait pression sur l’Algérie, le polisario et les ONG qui le soutenaient. Ces ONG ont exigé de faire libérer les prisonniers en contrepartie de la poursuite de leurs supports financier, alimentaire ou même diplomatique.
Nous avons donc été monnayé contre des intérêts purement mercantiles. C’est l’ancien chef du gouvernement espagnol qui a exigé du polisario que les officiers marocains soient libérés.

– Comment avez-vous été accueilli à votre retour au Maroc ?
– Le moins que l’on puisse dire est que l’accueil réservé a été glacial de la part de notre hiérarchie militaire. Pour se justifier, nos interlocuteurs ont préféré garder le mutisme et ont affiché une attitude pusillanime.
Nous ne perdons cependant pas l’espoir qu’un jour,  SM le Roi nous convoque pour se pencher sur nos problèmes d’anciens prisonniers. Quelle que soit sa décision, nous l’accepterons les yeux fermés.
– N’est-il pas du devoir de vos anciens camarades des FAR devenus généraux de vous soutenir ?
– Je refuse de leur parler, car ils n’ont rien fait pour nous défendre en expliquant la nature de nos efforts et de nos sacrifices. Je tiens cependant à rappeler une exception notable pour nous pilotes de chasse, car nos bases aériennes nous ont organisé une grande fête.
Le commandement de notre armée aurait dû faire un geste de reconnaissance pour sauvegarder la réputation de l’armée royale en traitant dignement ses prisonniers.
Nos prisonniers ont tous fait leur devoir et doivent être reconnus comme tels, car malgré les tortures endurées, ils n’ont jamais pensé à trahir leur mère-patrie.
– Que réclamez-vous concrètement du Maroc, après toutes ces années de souffrance ?
– Avant toute chose, un devoir de reconnaissance, avec un geste pour nous permettre de retrouver notre dignité.
Nous avons été envoyés à la retraite avec le grade que nous avions quand nous avons été faits prisonniers. Les généraux 3 étoiles étaient capitaines comme moi à l’époque, je ne leur en veux pas d’avoir franchi les échelons, mais nous aussi avons rempli notre part du contrat.
– Comment arrive t-on à reconstruire sa vie après 25 ans de captivité et de tortures diverses ?
– Je suis très chanceux,car j’ai trouvé ma famille soudée autour de ma personne et de mes épreuves. Ma femme m’a attendu pendant tout ce temps et j’ai retrouvé ma fille, qui a fait de moi un papa et un grand-père heureux.
J’estime sincèrement être le plus chanceux des prisonniers de guerre au Maroc, mais ce n’est pas le cas pour de nombreux frères d’armes. Je ne cherche pas à monnayer mon statut en quémandant quoi que ce soit auprès de qui que ce soit.
Ce que j’ai donné à mon pays n’a pas de prix, même si au final, j’estime n’avoir fait que mon devoir. Ce n’est pas une raison pour oublier nos martyrs, les veuves, les orphelins et les libérés souffrant de contingences matérielles médicales etc.
Cette reconnaissance peut prendre plusieurs formes comme des compensations financières, une cérémonie officielle, l’inauguration d’un monument aux morts sans distinction de grade ….
Quand je suis sorti de captivité, un soldat non libérable m’a dit : Ne nous oubliez-pas, mon capitaine Dans cette simple phrase, tout est dit, car tout le Maroc a un devoir de mémoire et de reconnaissance.
C’est pourquoi, dès notre libération, nous avons fondé une association que feu le général Bennani nous a refusée. Cela ne nous a pas empêché de mener une sensibilisation à l’international, pour libérer les 404 prisonniers restés derrière nous à Tindouf.
Je me suis rendu à Genève et j’ai pris contact avec le CICR. J’ai fait un témoignage poignant à la 4e  Commission des Nations-Unies à New York.
Avec un groupe de 6 camarades, nous avions agi auprès du Congrès américain à Washington et rencontré John Mc Cain puis Human Rights Watch, Freedom House et tant d’autres.
Nos actions ont porté leurs fruits et nos camarades furent libérés en 2005 et ramenés à Agadir par un sénateur américain.
Si je me suis beaucoup investi pour faire libérer nos 404 derniers prisonniers en août 2005, la page n’est pas tournée pour autant, car je milite toujours pour que leur situation soit prise en compte.
L’État, l’armée et la société civile ont un devoir de mémoire et de reconnaissance envers nos martyrs et nos prisonniers, c’est-à-dire une dette.
Pour s’en acquitter, il faut pérenniser ce devoir de mémoire et de reconnaissance. C’est la condition sine qua non pour forger chez nos citoyens et chez les générations montantes, le sens du devoir, du dévouement et du sacrifice.
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Capitaine Ali Najab, pilote de chasse : Histoire et témoignage du plus vieux prisonnier de guerre du monde.
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